Fintech low-cost : qu’est-ce qu’elles ne vous disent pas ?

BNP, Société générale… les acteurs historiques du secteur bancaire sont-ils en danger ?

Difficile de se prononcer…

Toujours est-il que les fintechs ont véritablement le vent en poupe !

10 000 start-ups réparties à travers le monde en 2021.

Définitivement, ces nouveaux acteurs de la finance apparaissent comme des alternatives intéressantes. Les consommateurs demeurent méfiants vis-à-vis des institutions financières traditionnelles fragilisées par la crise de 2008. Une crise des subprimes qui a révélé de nombreux dysfonctionnements au sein du système bancaire “classique”.

Leur succès n’est pas seulement lié à la “faillite” des organisations traditionnelles…

Un engouement pour les solutions digitales. L’utilisation du cloud pour le stockage et la gestion des données. Les progrès de l’intelligence artificielle. Une réglementation favorable (la directive européenne sur les services de paiements, la directive sur les services d’initiation de paiement et d’informations sur les comptes). Cet environnement participe également à leur croissance fulgurante.

Mais comment ces start-ups conquièrent-elles des parts de marché ?

Épargne, solutions de paiement, transferts de fonds, investissements, financements participatifs… Quel que soit le service proposé, la promesse est toujours identique : faciliter les échanges financiers. Ces start-ups veulent fluidifier les relations entre les individus ou entre les individus et les entreprises en supprimant les barrières à l’entrée.

Aucune banque traditionnelle et aucune démarche administrative contraignante, les tarifs attractifs et transparents, l’ouverture de comptes simplifiée, les interfaces utilisateur intuitives, des services de niche innovants… La recette des fintech qui, par leur agilité, répondent pleinement aux nouvelles aspirations et aux nouvelles habitudes de consommation des citoyens.

Tout est simple ! Un peu trop simple…  

Derrière ces services innovants à bas coûts, voire gratuits, se cachent des sociétés au modèle économique reposant sur des frais de fonctionnement limités (faibles effectifs…) et des politiques commerciales douteuses.

La “victime”, toujours la même : le consommateur…

La revente de données bancaires : la vie privée non protégée.

La revente d’informations personnelles, une source de financement pour certaines fintech.

C’est ce qu’a démontré “Motherboard”, un site Internet de référence Outre-Atlantique dédié à la tech.

Un article publié le 19 février 2020, intitulé “Leaked Document Shows How Big Companies Buy Credit Card Data on Millions of Americans”,  dénonce les pratiques d’une fintech populaire, Yodlee.

Cette fintech propose un service d’agrégation de comptes et de gestion de finances personnelles.

Son modèle économique, la revente des données des transactions financières. Ses clients, des sociétés d’investissement et des entreprises de recherche.

Identifiants de la carte bancaire, produits ou services achetés, lieu et date de la transaction, montant dépensé… Ces informations, une mine d’or pour ces entreprises.

En leur possession, ces sociétés peuvent :

  • analyser les nouvelles tendances de consommation ;
  • sécuriser de futurs investissements sur des secteurs porteurs ;
  • proposer des opérations marketing ciblées.

Problème : les données des utilisateurs (des clients de banques traditionnelles telles que Bank of America, HSBC…) ne profitent pas d’une anonymisation suffisante.

Le propriétaire d’une carte et ses habitudes de consommation sont identifiables. Une activité de revente d’informations bancaires insuffisamment anonymisées illégale et risquée :

  • révélations de données sensibles (opinions politiques, informations à caractère sexuel…) lors des transactions bancaires ;
  • tentatives de pishing “personnalisées” convaincantes par des hackers pour accéder à des comptes bancaires.

Les utilisateurs, prendraient-ils le risque d’utiliser de tels services en toute connaissance de ces pratiques ? Pas sûr, la vie privée est très exposée…

Le flash crash : un dysfonctionnement des algorithmes qui peut coûter cher… très cher.

Un flash crash accompagné d’un bear market c’est-à-dire un marché baissier est un exemple de risque éventuellement adossé à une fintech de trading. En réaction à un évènement sur un marché côté, les algorithmes de transactions de ces sociétés peuvent “s’emballer” anormalement. Des réactions extrêmes qui s’accompagnent potentiellement d’importantes pertes financières pour les investisseurs.

Une situation vécue par les clients de la plateforme Kraken, une solution web d’échange de cryptomonnaies.

Le 22 février 2021, le taux de change de l’Éther s’effondre. Une dévaluation de 64 % de son prix de vente. Les utilisateurs qui avaient, conformément aux recommandations liées à une pratique du trading, mis en place des mécanismes de sécurité (stop loss…) voient leurs positions liquidées à la baisse. Des moins-values conséquentes sont enregistrées en un temps record.

Problème : cette liquidation massive des positions est consécutive à un dysfonctionnement de la plateforme et non à une erreur d’investissement des traders.

La société Kraken le reconnaît, mais refuse de rembourser les utilisateurs de la plateforme.

Malgré le mécontentement de ses clients, la société ne craint pas une Classaction coûteuse (une action en justice collective).

En effet, leurs clients ont signé des clauses “abusives”, stipulées dans les conditions générales de service. Clauses où ils acceptent de régler tout litige avec la plateforme Kraken uniquement via une procédure d’arbitrage, une action en justice individuelle particulièrement onéreuse. Une procédure où il est plus incertain d’obtenir gain de cause qu’auprès d’un tribunal national dans ce type de situation.

Autre avantage pour la plateforme : la confidentialité des sentences prononcées. Aucune mauvaise publicité.

Bien que ces clauses soient abusives (contraires au droit français) et que des recours juridiques soient en cours, l’exemple de Kraken montre un visage beaucoup moins reluisant pour des fintech aux pratiques commerciales, parfois douteuses.

Les cagnottes en ligne : des versements qui tardent…

Financer rapidement un projet grâce à la générosité des internautes, sans avoir recours au crédit bancaire. Une idée séduisante pour concrétiser des projets solidaires ou acheter un cadeau en commun… la promesse des cagnottes en ligne.

Encore faut-il avoir accès à la cagnotte ?

Le 11 décembre 2020, l’association de consommateurs UFC-Que Choisir dépose une plainte contre la société Leetchi, auprès du Procureur de la République de Paris, pour pratiques commerciales trompeuses.

La promesse de l’entreprise : un service rapide et simple, des versements de cagnottes en 48 heures.

Dans les faits, les bénéficiaires :

  • subissent des retards de versement (une attente jusqu’à plusieurs semaines, voire de plusieurs mois) ;
  • peuvent être amenés à produire des justificatifs supplémentaires sans motif légitime.

Parfois, la cagnotte disparaît !!

Les fintech, un secteur à réguler.

Les fintech, des acteurs de poids dans le secteur de la finance. Leurs offres disruptives, les technologies utilisées séduisent de plus en plus de consommateurs en quête de solutions finances numériques sans contrainte.

Un engouement perçu par les investisseurs. “Selon le cabinet Accenture, les investissements annuels dans les fintech étaient passés de 928 millions de dollars en 2008 à près de 3 milliards de dollars en 2013, soit plus du triple. Mais en 2020, ce sont quelque 105 milliards de dollars d’investissements dans les fintech !”

Les fintech, des sociétés aux profits intéressants, des entreprises génératrices d’émulation.

Les banques traditionnelles, poussées dans leurs derniers retranchements, sont passées en mode “3.0”. Elles proposent toutes des applications et elles révisent leurs relations commerciales.

Certaines décident même de racheter des start-ups de la fintech pour gagner en temps et en compétences.

Par exemple : en 2017, la BNP rachète Nickel (création de comptes bancaires en 5 minutes via les buralistes).

Ambition de croissance rapide revendiquée par ces start-ups, course effrénée pour gagner des utilisateurs, des risques de dérives évidents à réguler absolument.

Le développement à vitesse grand “V”, la rupture technologique ne peuvent se faire au détriment des réglementations en vigueur.

Les fintech restent pour la plupart des structures fragiles confrontées à deux risques :

  • la cybercriminalité.
  • le blanchiment d’argent.

Le scandale de la société de paiement en ligne allemande Wirecard (des comptes de résultat “maquillés” avec un excédent fictif de 1,9 milliard d’euros) atteste de la nécessité absolue d’exercer un contrôle accru par les autorités nationales compétentes.

En France, l’Autorité des marchés financiers et l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution se sont dotés de services spécifiques pour suivre et accompagner l’évolution de ces nouveaux acteurs.

Une régulation contraignante certes, mais indispensable pour rassurer les potentiels clients et les investisseurs…

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