Intelligence artificielle, semi-conducteurs, centres de données et services numériques : le Vietnam accélère sa transformation technologique et attire de nouveaux investissements internationaux. Mais derrière cette dynamique, plusieurs obstacles se dessinent. Pénurie d’ingénieurs spécialisés, besoins croissants en capacités de calcul et pression sur les infrastructures électriques : d’ici 2028, le pays devra renforcer son écosystème pour concrétiser ses ambitions.
Longtemps considéré comme une destination privilégiée pour l’externalisation informatique, le Vietnam cherche désormais à se positionner sur des activités technologiques à plus forte valeur ajoutée. Le pays dispose de plusieurs atouts : une population jeune, un vivier de développeurs, des coûts d’exploitation compétitifs et une présence croissante de groupes technologiques internationaux. Samsung, Intel, NVIDIA et de nombreuses entreprises spécialisées dans les logiciels ou l’électronique contribuent à renforcer cet écosystème. Pourtant, la prochaine étape du développement technologique vietnamien sera plus complexe. Il ne s’agit plus seulement d’attirer des entreprises étrangères, mais de disposer des talents, des infrastructures et de l’énergie nécessaires pour soutenir leur croissance.
L’intelligence artificielle, nouveau moteur de croissance
L’intelligence artificielle représente l’un des principaux relais de développement pour les entreprises technologiques vietnamiennes.
Les applications se multiplient dans les secteurs industriels, financiers et commerciaux : automatisation des processus, analyse de données, maintenance prédictive, contrôle qualité ou encore développement d’assistants numériques. Les groupes vietnamiens FPT, Viettel, VNPT et CMC investissent dans ces technologies, tandis que les entreprises internationales cherchent à renforcer leurs capacités de recherche et développement. Cette évolution ouvre des perspectives pour les sociétés spécialisées dans les logiciels, les services cloud, la cybersécurité et l’intégration de solutions d’IA. Mais la croissance du marché fait apparaître une difficulté majeure : le Vietnam dispose de nombreux développeurs, sans pour autant compter suffisamment d’ingénieurs expérimentés capables de déployer des systèmes d’intelligence artificielle à grande échelle.
Une pénurie d’ingénieurs malgré des salaires attractifs
La disponibilité des talents constitue l’un des principaux défis du secteur.
Selon une enquête publiée le 8 octobre 2026 par VnExpress International, les entreprises vietnamiennes rencontrent des difficultés croissantes pour recruter des ingénieurs spécialisés en intelligence artificielle, malgré des rémunérations pouvant être 50 % supérieures à celles d’autres métiers technologiques.
Certaines sociétés proposent entre 45 et 50 millions de dôngs par mois, soit environ 1 700 à 1 900 dollars, pour attirer des candidats qualifiés. Le problème ne réside pas uniquement dans le nombre de diplômés. Les entreprises recherchent des professionnels capables de concevoir, entraîner, intégrer et maintenir des solutions d’IA dans des environnements opérationnels. Ces compétences nécessitent une expérience pratique que les formations universitaires ne permettent pas toujours d’acquérir immédiatement. La concurrence entre les multinationales, les groupes vietnamiens et les startups accentue également la pression sur les rémunérations.
D’ici 2028, les entreprises devront donc investir davantage dans la formation continue, les partenariats universitaires et la fidélisation des ingénieurs. La capacité à constituer des équipes expérimentées pourrait devenir aussi importante que les avantages salariaux historiquement associés au Vietnam.
Centres de données : la question des capacités de calcul
Le développement de l’intelligence artificielle nécessite des infrastructures numériques bien plus importantes que celles utilisées pour les applications informatiques traditionnelles. L’entraînement de modèles, le traitement de grandes quantités de données et l’exploitation de services d’IA exigent des serveurs performants, des processeurs spécialisés et des capacités de stockage considérables. Le Vietnam dispose déjà d’opérateurs nationaux comme Viettel IDC, VNPT et CMC, qui développent leurs infrastructures de centres de données et leurs offres cloud.
Toutefois, la capacité à héberger des applications classiques ne garantit pas la disponibilité des ressources nécessaires aux modèles d’IA les plus exigeants.
Les besoins concernent notamment les processeurs graphiques (GPU), les réseaux à haut débit, les systèmes de refroidissement et la continuité de service. Les entreprises vietnamiennes doivent également arbitrer entre l’utilisation de fournisseurs cloud internationaux et le développement d’infrastructures locales. Pour les investisseurs, cette situation crée des opportunités dans la construction de centres de données, la fourniture d’équipements informatiques, les services d’hébergement et l’intégration d’infrastructures spécialisées. Elle soulève néanmoins la question du coût des investissements, particulièrement élevé pour les installations destinées aux applications d’intelligence artificielle.
L’énergie, un défi majeur pour les infrastructures numériques
La croissance des centres de données pose une autre question essentielle : celle de l’approvisionnement électrique.
Contrairement aux bureaux informatiques traditionnels, les centres de données doivent fonctionner en permanence et disposer d’une alimentation électrique stable, y compris en cas de défaillance du réseau.
Les infrastructures destinées à l’intelligence artificielle sont particulièrement énergivores. Les serveurs équipés de processeurs spécialisés dégagent également beaucoup de chaleur, ce qui nécessite des systèmes de refroidissement performants. Selon un article publié le 10 octobre 2026 par Vietnam News, la capacité électrique des centres de données vietnamiens pourrait passer d’environ 580 MW en 2025 à près de 980 MW en 2030. Cette progression représente une hausse d’environ 69 % et nécessitera des investissements dans les réseaux de transport et de distribution d’électricité. Les difficultés ne concernent pas uniquement la quantité d’énergie disponible.
Une enquête du quotidien économique singapourien The Business Times, publiée fin septembre 2026, souligne également les incertitudes entourant les tarifs électriques appliqués aux centres de données vietnamiens. Certains opérateurs ont signalé des augmentations importantes de leurs coûts énergétiques, tandis que les contraintes foncières et les conditions de raccordement compliquent la réalisation de nouveaux projets
Pour les investisseurs, la disponibilité d’une électricité fiable, à un coût prévisible, pourrait devenir un critère déterminant dans le choix des implantations technologiques.
Quelles opportunités pour les entreprises étrangères d’ici 2028 ?
Malgré ces difficultés, la transformation numérique vietnamienne ouvre de nombreuses perspectives aux entreprises internationales. Les opportunités concernent plusieurs domaines complémentaires. Dans les logiciels et les services informatiques, le Vietnam conserve un positionnement compétitif pour le développement d’applications, l’ingénierie logicielle et l’externalisation de fonctions technologiques.
Dans l’intelligence artificielle, les besoins progressent en matière d’intégration de solutions, d’automatisation industrielle, de traitement des données et de formation spécialisée. Les infrastructures numériques constituent également un marché en développement, avec des besoins croissants en serveurs, équipements électriques, systèmes de refroidissement, cybersécurité et services cloud. Enfin, les semi-conducteurs, les technologies embarquées et les services d’ingénierie représentent des domaines dans lesquels le Vietnam souhaite renforcer sa présence.
Pour les entreprises souhaitant explorer ces marchés, ce dossier consacré au secteur technologique et aux services informatiques au Vietnam présente les principaux segments d’activité, les acteurs du marché et les différentes possibilités d’investissement ou de partenariat.
L’implantation d’une filiale locale, le développement d’une équipe d’ingénieurs, les partenariats avec des entreprises vietnamiennes ou l’externalisation de certaines activités constituent autant de stratégies possibles selon les objectifs des investisseurs. Le choix du modèle dépendra notamment de la disponibilité des compétences, des exigences réglementaires et des ressources financières nécessaires.
Horizon 2028 : le Vietnam peut-il franchir une nouvelle étape technologique ?
D’ici 2028, le développement du secteur technologique vietnamien dépendra de sa capacité à surmonter trois obstacles majeurs.
Le premier concerne les ressources humaines. Former davantage de diplômés ne suffira pas : le pays devra développer une main-d’œuvre expérimentée dans l’intelligence artificielle, le cloud et la cybersécurité. Le deuxième défi concerne les infrastructures. L’essor de l’IA exige des capacités de calcul adaptées, des centres de données performants et des investissements importants dans les équipements informatiques. Enfin, le troisième enjeu sera énergétique. Sans une alimentation électrique suffisamment stable et compétitive, les projets de centres de données et les installations nécessitant une forte puissance de calcul pourraient rencontrer des difficultés de développement.
Ces contraintes ne remettent pas en cause le potentiel du marché, mais elles montrent que la prochaine phase de croissance technologique du Vietnam dépendra autant de ses infrastructures et de ses compétences que de son attractivité financière.
À l’horizon 2028, le pays pourrait ainsi renforcer son rôle de pôle technologique régional, à condition de transformer ses ambitions en capacités industrielles, numériques et humaines concrètes.
Secteur technologique vietnamien : indicateurs clés à horizon 2028
| Indicateur | Valeur citée | Échéance | Source |
|---|---|---|---|
| Capacité électrique des centres de données | Environ 580 MW | 2025 | Vietnam News (10 octobre 2026) |
| Capacité électrique des centres de données | Près de 980 MW (soit environ +69 %) | 2030 | Vietnam News (10 octobre 2026) |
| Salaire proposé pour ingénieurs IA qualifiés | Entre 45 et 50 millions de dôngs/mois (environ 1 700 à 1 900 dollars), jusqu’à 50 % de plus que d’autres métiers tech | 2026 | VnExpress International (8 octobre 2026) |
| Tarifs électriques appliqués aux centres de données | Non précisé (incertitudes et hausses signalées selon les opérateurs) | 2026 | The Business Times (fin septembre 2026) |
Questions fréquentes
Pourquoi les entreprises vietnamiennes ont-elles du mal à recruter des ingénieurs en intelligence artificielle malgré des salaires élevés ?
Le problème ne tient pas au nombre de diplômés mais à l’expérience pratique : les entreprises recherchent des profils capables de concevoir, entraîner et maintenir des systèmes d’IA en conditions opérationnelles, une compétence que les cursus universitaires ne couvrent pas toujours. Résultat, même des rémunérations pouvant atteindre 1 700 à 1 900 dollars par mois, soit jusqu’à 50 % de plus que d’autres métiers technologiques, ne suffisent pas toujours à combler ce déficit d’expérience.
La capacité électrique des centres de données vietnamiens sera-t-elle suffisante pour soutenir la croissance de l’IA d’ici 2028 ?
Une projection citée dans l’article évoque une progression de la capacité électrique dédiée aux centres de données d’environ 580 MW en 2025 à près de 980 MW en 2030, soit une hausse d’environ 69 %, ce qui nécessitera des investissements dans les réseaux de transport et de distribution. Cette trajectoire reste toutefois conditionnée à la réalisation effective des investissements et n’est pas garantie à ce stade.
Quelles sont les options pour une entreprise étrangère souhaitant s’implanter dans le secteur technologique vietnamien ?
L’article identifie plusieurs modèles possibles : l’implantation d’une filiale locale, le développement d’une équipe d’ingénieurs sur place, le partenariat avec une entreprise vietnamienne, ou l’externalisation de certaines activités. Le choix dépendra concrètement de la disponibilité des compétences recherchées, des exigences réglementaires applicables et des ressources financières mobilisables, des éléments à vérifier au cas par cas selon le projet.
Les coûts énergétiques des centres de données vietnamiens sont-ils prévisibles pour les investisseurs ?
Non : une enquête du Business Times, citée dans l’article, souligne des incertitudes sur les tarifs électriques appliqués aux centres de données, certains opérateurs ayant signalé des hausses importantes de leurs coûts, auxquelles s’ajoutent des contraintes foncières et des conditions de raccordement compliquées. La disponibilité d’une électricité fiable à coût prévisible pourrait ainsi devenir un critère déterminant dans le choix d’implantation, un point à vérifier auprès des opérateurs locaux avant tout engagement.



